Beaucoup de colombiens ont été émus par la magnifique interprétation- faite par la chorale intergénérationnelle et la Chorale des Grèves- du Chant des Marais lors de la journée de la déportation le 27 avril dernier. Les plus jeunes m'ont dit ne pas connaître le texte de cette oeuvre et avoir découvert dans mon intervention l'histoire de ce qui est devenu le symbole des déportés. Je vais donc leur éviter les recherches sur Google et autre encyclopédies .
Voici l'histoire :
« Die Moorsoldaten » ou "Chant des marais", a été écrit et composé par un mineur,Johann Esser,un acteur, Wolfgang Lanholl et un musicien Rudy Goguel, allemands opposés au régime et déportés dans le camp de concentration de Börgermoor dès 1933 avec d’autres politiques et artistes. Ils voulurent évoquer les travaux forcés dans les marécages du camp : culture à l'aide d'outils rudimentaires.
Il fut chanté de façon "officielle" le 27 août 1933 lors d'un événement appelé Zirkus Konzentrazani ("cirque des concentrationnaires").
Dans ses Mémoires, Rudi Goguel raconte :
« Les seize chanteurs, pour la plupart membres de l'association ouvrière de chant de Solingen, défilaient bêche à l'épaule dans leurs uniformes de police verts (nos vêtements de prisonnier de cette époque-là). Je menais la marche, en survêtement bleu, avec un manche de bêche brisé en guise de baguette de chef d'orchestre. Nous chantions, et déjà à la deuxième strophe, presque tous les mille prisonniers commençaient à entonner en chœur le refrain. De strophe en strophe, le refrain revenait de plus belle et, à la dernière, les SS, qui étaient apparus avec leurs commandants, chantaient aussi, en accord avec nous, apparemment parce qu'ils se sentaient interpellés eux aussi comme "soldats de marécage". Aux mots « Alors n'envoyez plus les soldats du marécage bêcher dans les marécages », les seize chanteurs plantèrent leur bêche dans le sable et quittèrent l'arène, laissant les bêches derrière eux . Celles-ci donnaient alors l'impression de croix tombales. »
Ce chant s‘est transmis de camp en camp, jusqu'en Pologne, à Auschwitz, au gré des transferts de prisonniers, chanté dans les prisons et camps d'internement de France créés par le régime de Pétain, atteignant même les républicains espagnols grâce aux allemands engagés dans les Brigades Internationales, mais aussi en Tchécoslovaquie ou à Moscou pour devenir le symbole de tous les déportés, évoquant le sort des détenus mais aussi l’esprit de résistance, qui consista pour eux à garder espoir, courage et volonté de vivre.
Voici le texte :
Le chant des marais
Loin vers l’infini s’étendent
Des grands près marécageux.
Pas un seul oiseau ne chante
Sur les arbres secs et creux.
REFRAIN
O, terre de détresse
Où nous devons sans cesse
Piocher.
Dans le camp morne et sauvage
Entouré de murs de fer
Il nous semble vivre en cage
Au milieu d'un grand désert
Bruit des pas et bruit des armes,
Sentinelles jour et nuit,
Et du sang, des cris, des larmes,
La mort pour celui qui fuit.
Mais un jour dans notre vie,
Le printemps refleurira
Libre enfin, ô ma patrie,
Je dirai tu es à moi.
REFRAIN
O, terre d’allégresse
Où nous pourrons sans cesse
Aimer.
Voici une interprétation que j'ai trouvé très émouvante.
Le chant a connu différentes versions et interprétations notamment par Pete Seeger, Joan Baez ou Leny Escudero
le chant des marais interprété par Isabelle Longnus .
En attendant la vidéo de notre chorale
sur le site de la Mairie, voici une photo
d'une partie du groupe, autour de Claire,
leur professeure :
(ils étaient plus de 70 !)
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